17 juin 2020

Activité et conditions d’emploi de la main- d’œuvre pendant la crise sanitaire Covid-19 – juin 2020

DARES / Etudes et Enquêtes / Emploi et compétences

Coronavirus, Conditions de travail, Main d'oeuvre, Emploi

« En mai, l’activité reprend fortement dans les entreprises. En mai, 5 % seulement des salariés étaient dans une entreprise dont l’activité s’était arrêtée, après 12 % en avril et 19 % en mars. Les entreprises dont l’activité a diminué de plus de moitié ne représentent qu’un quart des salariés (27 %, après 45 % en avril). Cette amélioration est générale et particulièrement nette dans les secteurs de la fabrication de matériels de transport (2 % à l’arrêt après 26 % en avril), de l’hébergement restauration (49 % à l’arrêt après 72 % en avril), de la construction (2 % à l’arrêt après 16 % en avril), ainsi que dans les plus petites entreprises (12 % à l’arrêt en mai après 26 % en avril dans les entreprises de 10 à 19 salariés).

Les causes de la chute d’activité se modifient et esquissent le passage d’un choc sanitaire à un choc de demande. Les causes de chute d’activité évoquées sont avant tout la perte de débouchés (50 %, après 45 % en avril) ou les fermetures administratives (28 %, après 30 %), loin devant le manque de personnel pouvant travailler (stable à 14 %) et les difficultés d’approvisionnement (8 % après 11 % en avril).

Les difficultés rencontrées par les entreprises changent un peu de nature également : les difficultés liées à la gestion sanitaire se réduisent fortement, de même que celles relatives à l’approvisionnement, alors que celles liées à l’aval se stabilisent. Au contraire, les difficultés liées au manque de débouchés augmentent à nouveau ce mois-ci, en particulier dans les secteurs de la fabrication de matériel de transport et de la fabrication d’équipements électriques, électroniques, informatiques, de machines, et dans les secteurs liés à l’énergie.

Les réductions d’effectifs restent, comme en avril, contenues globalement, même si elles sont significatives dans certains secteurs, avec une forte hausse en mai dans l’hôtellerie-restauration. Elles passent toujours majoritairement par le non-renouvellement de CDD.

En mai, début du déconfinement, le retour des salariés sur site s’accélère : fin mai, près de la moitié des salariés travaillaient sur site (après un tiers fin avril et un quart fin mars). Le chômage partiel complet diminue sensiblement : 13 % des salariés étaient dans ce cas fin mai (après un cinquième fin avril et un quart fin mars). Le télétravail se maintient à un niveau élevé (près d’un quart des salariés) alors que la part des salariés en congés ou arrêt maladie diminue.

Si la part des salariés au chômage partiel complet diminue, le nombre d’entreprises ayant eu recours au chômage partiel au cours du mois augmente entre avril et mai. Elles représentent près des trois quarts des salariés en mai. Les raisons du recours au chômage partiel se sont modifiées en lien avec le basculement début mai des salariés en garde d’enfants vers l’activité partielle. L’impossibilité de maintenir l’activité en assurant la sécurité des salariés est moins fréquemment évoquée qu’il y a un mois, de même que la fermeture obligatoire dans le cadre des restrictions de certaines activités. La réduction des débouchés / commandes est également un peu moins fréquemment citée au niveau global, mais ce motif continue de progresser dans certains secteurs, comme la fabrication de matériel de transport, le secteur de l’énergie et des déchets, et dans une moindre mesure les services aux entreprises. Ce recul relatif est toutefois à relativiser car il peut s’expliquer en partie par l’augmentation du motif « autre » qui recouvre notamment les gardes d’enfants ou personnes vulnérables, qui augmente en revanche fortement, notamment dans des secteurs qui avaient peu recours au chômage partiel précédemment (activités financières et assurance, enseignement, santé humaine et action sociale).

Le nombre de salariés au chômage partiel au cours du mois de mai est estimé à 7,8 millions de salariés, après 8,7 millions en avril et 7,2 millions en mars, pour 449 millions d’heures en mai (soit 1,7 semaine par salarié en moyenne). Cela équivaudrait à 3,0 millions de salariés travaillant à plein temps sur le mois (après 5,5 millions en avril et 2,2 millions en mars).

Les mesures de protection individuelle se sont encore renforcées entre avril et mai. La très grande majorité des salariés bénéficient désormais de masques, de gel hydroalcoolique et de mesures de respect des distances. Les gants sont moins répandus (la moitié des salariés en disposent). Ces mesures de prévention sanitaires affectent la marche des entreprises. Les entreprises qui estiment qu’elles diminuent la productivité ou augmentent les coûts représentent la moitié des salariés et celles qui pensent cet impact supérieur à 10 % emploient un cinquième des salariés.

Les perspectives des entreprises s’améliorent légèrement mais restent marquées par une forte incertitude et une grande hétérogénéité entre secteurs. Les entreprises anticipant un retour à l’activité normale d’ici 3 mois représentent 43 % de l’emploi salarié (après 40 % fin avril), celles qui ne voient pas de retour à la normale avant la fin de l’année en représentent 36 %, proportion stable par rapport à avril, et celles qui ne savent pas dater ce retour à la normale sont un peu moins nombreuses (20 % après 27 % fin avril). Les secteurs dans lesquels les entreprises ont les anticipations les plus favorables sont les mêmes que fin avril : les industries extractives, énergie, eau, gestion des déchets et dépollution, la construction, la fabrication de denrées alimentaires, de boissons et de produits à base de tabac et l’enseignement, santé humaine et action sociale. S’y ajoutent fin mai les activités immobilières et le transport entreposage. Les plus pessimistes sur leurs perspectives demeurent les secteurs de l’hébergement et restauration et de la fabrication de matériels de transport.

Les principales difficultés que les entreprises voient poindre dans la perspective d’une reprise d’activité restent la disponibilité limitée de certains salariés, l’organisation de l’activité de manière à respecter la distanciation sociale, et le manque de débouchés. Ces anticipations de difficultés futures sont en baisse, hormis celles liées au manque de débouchés. Les préoccupations quant à leur équipement en dispositifs de protection, en chute de 20 points, ne concerne plus qu’une minorité d’entreprises. »